Rencontres autour de l’écriture

Samedi 17 décembre, je suis en dédicace pour mon livre Noemy dans la brume à la librairie La Grande Évasion de La Gacilly (avec cet article dans Ouest France qui présente mon rapport à l’écriture). L’occasion de nous rencontrer, et de faire une pause dans vos achats de Noël pour discuter de ce que vous aimez lire… ou écrire ! L’écriture… vaste sujet, passion multiforme. Je l’abordais mardi dernier sous l’angle « écriture de l’intime » pour questionner nos choix narratifs lorsque nous partons de notre expérience personnelle pour construire un récit.

Conférence « écriture de l’intime, peut-on tout dire ? » sur le Campus Eductive à Nantes, le 6 décembre 2022.

Écrire sur l’être humain dans sa complexité

Pour introduire ce sujet, je ne peux pas ne pas citer deux autrices distinguées cette année à partir d’œuvres puisant dans leur expérience intime et personnelle :

« Mon engagement dans l’écriture […] ne consiste pas à écrire “pour” une catégorie de lecteurs, mais “depuis” mon expérience de femme et d’immigrée de l’intérieur. » Annie Ernaux, Prix Nobel de littérature 2022.

« L’intime n’a de sens que s’il résonne avec le collectif. » Brigitte Giraud, Prix Goncourt 2022 pour Vivre vite.

Écrire à partir de soi ne veut pas dire se creuser le nombril pour faire briller son ego. C’est parler de soi comme faisant partie d’une humanité, d’une société, avec tant de schémas communs que le fait d’avoir les mots pour décrire un passage de vie, une expérience traumatisante ou fondatrice, permettra peut-être au lecteur de reconnaitre et nommer ce qu’il traverse, ou ce qu’a traversé sa famille.

De l’autobiographie à la fiction

On peut se servir de sa vie comme terreau, puis faire pousser un récit de différentes façons.

Pour Noemy dans la brume, j’ai choisi de créer un personnage, qui n’est pas moi et qui pour autant me ressemble dans ses failles et dans son chemin de guérison : j’assume aujourd’hui d’être passée par des épisodes aigus de crises d’angoisse, qui m’ont menée, comme Noemy, à chercher dans mon passé des clés, et à devoir nécessairement être accompagnée pour sortir de ce labyrinthe… Le choix de la première personne du singulier brouille les pistes, certes, mais a surtout pour ambition d’emmener le lecteur au cœur de ce voyage psychique (de même que le choix d’un langage poétique).

Dans ma conférence, je m’appuie sur d’autres choix narratifs, d’autrices et auteurs que j’ai lu·e·s et que j’ai aussi eu la chance de rencontrer :

  • Marion Bello, dans Des excuses pour les chiens, a choisi de romancer ce qu’elle a vécu tout en parlant à la première personne, témoignant d’une agression sur son fils puis de lourds secrets de famille,
  • Hervé Le Tellier, dans Toutes les familles heureuses, nous livre une autobiographie dans laquelle il fait le choix de l’autodérision, notamment pour décrire la relation avec sa mère,
  • Mathieu Simonet, dans Barbe Rose, dévoile son cheminement dans la relation avec son père sur le ton et avec la précision d’un journal intime,
  • Sandrine Scardigli, dans Anacalypse, a construit un récit d’anticipation qui se passe en Grèce (où elle a vécu) à travers un personnage qui lui ressemble mais qui est fictionnel (à la troisième personne).

Écrire d’abord pour soi

Au final, chacun avec sa personnalité d’écrivain·e fait le choix qui lui ressemble.

Pour ma part, si je peux donner un conseil à celles et ceux à qui la plume démange (ou le crayon, ou le clavier), c’est d’abord que si cette envie d’écrire devient un besoin impérieux : ne vous censurez pas, écrivez ! Cependant, entre « écrire » et « rendre public ses textes », je recommande de suivre quelques étapes :

  1. Laisser du temps entre l’expérience de vie et la publication
  2. Ne pas publier la première version (écrire d’abord pour soi, ou en s’adressant à quelqu’un, laisser poser, reprendre plus tard)
  3. Préciser (pour soi, pour les autres) s’il s’agit d’un témoignage ou d’une fiction (même si parfois la frontière est floue !)
  4.  +   Se poser la question : sous quel nom je publie ? (sous mon nom ou sous pseudonyme ?)

Et vous, quels choix faites-vous ?

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