« Des fraises en novembre » : une autre histoire de la chute du Mur

La chute du Mur de Berlin, vous vous en souvenez ? Des foules grimpant sur les parois de béton ou les attaquant à coup de piolet, des embrassades, Rostropovitch et son violoncelle émouvant… Moi, je me souviens aussi du désarroi d’un homme rencontré 10 ans plus tard, qui avait vu en ces jours de novembre 1989 son rêve s’écrouler. L’homme qui a ouvert le mur.

Le 9 novembre 1989, le Mur de Berlin tombait. Cette nuit-là, une porte s’est ouverte, une brèche dans l’ordre mondial d’alors. J’étais à Berlin pour l’anniversaire des 10 ans de la chute du Mur. Jeune stagiaire à l’AFP, j’ai eu, à cette occasion, la chance de jouer les interprètes pour un journaliste interviewant Harald Jäger, le premier garde-frontière à avoir permis le passage entre l’est et l’ouest de la ville.

Graffiti berlinois


Quand je l’ai rencontré, Harald Jäger était encore un communiste convaincu (quoique mécontent, avoue-t-il aujourd’hui, de certaines déviances du système dont il est nostalgique). Officier en poste à la Bornholmer Strasse, il est pourtant le premier à prendre l’initiative d’ouvrir une porte entre « Ost- » et « West-Berlin » : face à la pression de la foule, c’était selon lui la seule façon d’éviter un bain de sang.

Quelle idée aussi avait eu Schabowski, (le porte parole du régime), d’annoncer en conférence de presse l’autorisation des sorties provisoires du territoire. Et puis surtout de façon si improvisée ! A la question d’un journaliste qui demandait quand la nouvelle réglementation entrerait en vigueur, il a hésité un instant, et lâché : « à ma connaissance…, immédiatement. » Il n’en fallait pas plus pour que l’annonce fasse l’ouverture du journal de 20h (des chaines de l’Ouest, captées par les paraboles des citoyens de RDA).

Le courage de l’ouvrir


Le poste-frontière en 1989 et Harald Jäger aujourd’hui.
Remarquez le choix du profil : Harald regarde vers la gauche, vers le passé…

Au départ, Harald Jäger obtient de ses supérieurs de ne laisser passer à l’ouest que les plus bruyants des manifestants. Les agités. Avec pour consigne de leur interdire le retour. Mais voilà, que faire quand des parents veulent rentrer chez eux, après leur escapade, retrouver des enfants laissés seuls dans l’appartement ? Harald laisse rentrer.
Puis, vers 23h30, la tension est montée d’un cran, il décide d’ouvrir grand les portes… Commence alors le défilé des Trabant, ces voitures si caractéristiques de l’est, l’euphorie grandissante, tandis que souffle un vent de liberté. A l’ouest, des magasins ouvrent pour accueillir ceux de l’est, pour leur offrir l’abondance dont ils ne captent d’ordinaire que les images sur leur écran télé.

Harald Jäger voit ainsi les citoyens de ce qui est encore la RDA revenir les mains pleines : « Certains sont revenus avec des fraises. En plein mois de novembre. C’est là que j’ai compris que c’était fini. »



Pour en savoir plus sur cette histoire :

  • Gerhard Haase-Hindenberg: Der Mann der die Mauer öffnete. Warum Oberstleutnant Harald Jäger den Befehl verweigerte und damit Weltgeschichte schrieb. Heyne Verlag, München 2008. ISBN 978-3-453-62025-4.

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